Boire un ou deux verres par jour ne protège pas des accidents vasculaires cérébraux

Débattue depuis de nombreuses années, l’hypothèse d’un effet protecteur de l’alcool bu modérément est désormais battue en brèche.

Par le passé, divers travaux ont suggéré qu’une consommation modérée d’alcool aurait pu avoir un effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires, comparativement à l’abstinence. Cet effet était supposé expliquer le célèbre paradoxe français (connu à l’étranger sous l’expression French paradox), qui intriguait les épidémiologistes depuis les années 1970: pourquoi la mortalité par maladie coronarienne était-elle moins importante en France qu’au Royaume-Uni, alors qu’on y mangeait plus de graisses animales et qu’on y fumait autant?

Longtemps discuté, cet effet protecteur est aujourd’hui battu en brèche. En 2016 déjà, une équipe de l’Université de Victoria, au Canada, avait démontré l’absence d’effet bénéfique sur la mortalité d’une consommation modérée d’alcool. 

Ses auteurs révélaient notamment que la mortalité, toutes causes confondues, ne semblait pas réduite chez les personnes consommant de l’alcool modérément par rapport à la mortalité de celles en consommant excessivement.

Début avril, cette absence d’effet a de nouveau été confirmée par une grande étude prospective chinoise publiée dans la prestigieuse revue The Lancet. Le rôle joué par l’alcool dans le célèbre paradoxe français semble bien avoir du plomb dans l’aile…

Le paradoxe français

En 1992, Serge Renaud et Michel de Lorgeril présentaient le French paradox dans The Lancet: une consommation journalière de 20 à 30 grammes d’éthanol (soit deux à trois verres standards) peut réduire le risque de maladie coronarienne de 40%.

L’explication donnée alors par les deux auteurs était une baisse de la réactivité des plaquettes, une diminution de leur agrégation. Ils pointaient également l’importance de l’alimentation et plus particulièrement du régime méditerranéen (pain, fruits et légumes, fromage et vin). Plusieurs autres hypothèses ont cependant été suggérées pour expliquer ce phénomène: plus faible consommation de lactose, moindre consommation d’acides gras trans. On peut légitimement supposer qu’un niveau de développement socio-économique et des modes de vie différents (moins de stress?) ont aussi une influence

Le French paradox a fait couler beaucoup d’encre, et la controverse n’est pas terminée. Ainsi, en 2015, un article paru dans la revue La Presse Médicale recommandait de boire un à deux verres par jour (soit 10 à 20 grammes d’alcool). Il a entraîné une réponse cinglante, dans la même revue, sous la forme d’un article au titre évocateur, «Le vin: bon pour la santé… des producteurs, et seulement eux!». On pouvait notamment y lire:

«La recommandation “1 à 2 verres par jour” est médicalement dangereuse. Si des doses faibles ou modérées d’alcool ont un effet protecteur coronaire, celui-ci ne serait que très faible et faudrait-il encore être exposé au risque, ce qui n’est pas le cas des jeunes et des femmes avant 50 ans.»

Alors, qui croire? Pour le savoir, il faut avant tout faire le point sur les conséquences de la consommation d’alcool.

Mortalité liée à l’alcool: la courbe en «J»

«La protection cardiaque offerte par l’alcool pourrait avoir été surestimée. Les estimations de la mortalité due à une consommation excessive d’alcool peuvent également être plus élevées que les estimations antérieures.»

En France, on dénombre chaque année 41.000 décès attribuables à l’alcool: 30.000 hommes (soit 11% de la mortalité des adultes de 15 ans et plus) et 11.000 femmes (soit 4% de la mortalité des adultes de 15 ans et plus). Les causes de cette mortalité sont multiples: outre les maladies cardiovasculaires, l’alcool entraîne cancers (foie, colon-rectum, sein, voies aérodigestives supérieures), cirrhose du foie, pancréatite, diabète, épilepsie, accidents et suicides.

Et nul besoin de consommer excessivement pour s’exposer au risque, puisqu’on sait aujourd’hui que pour les cancers et l’épilepsie, pour la cirrhose du foie et la pancréatite, ainsi que pour de nombreuses maladies cardiovasculaires, il existe une relation effet-dose dès le premier verre d’alcool.

Les choses sont un peu différentes pour les décès par accidents vasculaires cérébraux ischémiques (AVC) et par cardiopathies ischémiques: le risque relatif de décès est moins élevé chez les individus buveurs modérés d’alcool que chez les abstinents et les buveurs excessifs. On parle alors de «courbe en J» (ou de «courbe en U»).